Prise de position sur l’évolution de l’école primaire de recherche fondée sur la pédagogie inclusive Eis Schoul

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Le projet de la création de l’école primaire de recherche fondée sur la pédagogie inclusive Eis Schoul remonte à une initiative du Groupe Luxembourgeois d’Education Nouvelle (GLEN), fondé en décembre 2004. Le concept de l’école, tel qu’il ressort tant de la loi que de son exposé des motifs, repose largement sur les réflexions menées au sein du GLEN dans la phase préparatoire du projet. Des membres du GLEN se sont ensuite engagés au sein de cette école en mettant leur énergie et leurs compétences au service de ce projet ambitieux et novateur. Or, force est de constater que l’école a évolué dans bien des domaines dans un sens diamétralement opposé aux principes de base énoncés en 2008. Voilà pourquoi le GLEN tient à prendre aujourd’hui ses distances par rapport à Eis Schoul.

Concernant les volets fondamentaux de l’école, l’inclusion, la recherche et la démocratie, les responsables actuels de l’école, soutenus par le ministère, ont pris des options qui ne correspondent plus aux principes et valeurs du projet initial.

L’inclusion : Le GLEN, fidèle à son leitmotiv
Tous capables, tient à ce principe qui prévoit la pleine participation de tous les élèves à tous les aspects de la vie scolaire indépendamment de leurs particularités sur les plans socioculturel, physique, sensoriel, cognitif, socioaffectif ou psychomoteur. Pour mettre en pratique une pédagogie inclusive, les membres du GLEN peuvent puiser dans le riche trésor des idées et pratiques très diverses de l’histoire de l’éducation nouvelle (p. ex. démarches coopératives d’auto-socio-construction, différenciation des objectifs) pour les adapter à leur contexte et en développer de nouvelles à l’aide d’une recherche collaborative.

Une pédagogie inclusive mise notamment sur les groupes d’élèves hétérogènes, des objectifs d’apprentissage individuels, des expériences partagées ainsi que la négociation et la construction de relations stables au sein d’une communauté d’apprenant-e-s. La séparation systématique d’enfants en groupes distincts selon leurs performances scolaires ou leur comportement, estimé déviant, leur « Sonderbeschulung » ainsi que le redoublement, tels qu’ils sont pratiqués actuellement dans
Eis Schoul, empêchent l’inclusion. Dans le même ordre d’idée, le portfolio et le travail de fin d’études ne constituent plus l’instrument principal d’orientation, contrairement à ce que prévoit la loi sur Eis Schoul. Actuellement, l’atteinte de socles de compétence minimaux détermine l’avancement des élèves.

Les élèves peuvent être exclus non seulement de la communauté d’apprentissage, mais encore de la communauté de vie de l’école par l’introduction d’un système de ceintures de comportement qui retire à certains enfants le droit de participer à des activités données, ce qui constitue une forme d’exclusion institutionnalisée.

L’équipe multiprofessionnelle, composée d’institutrices et d’instituteurs, d’éducatrices graduées et d’éducateurs gradués, d’éducatrices et d’éducateurs, d’une psychologue et d’une pédagogue curative qui collaborent ensemble avec une équipe de chercheur-e-s, constituent un pilier de l’approche inclusive et en garantissent la cohérence. Ceci implique la co-responsabilité de toutes et de tous sur un groupe d’enfants en même temps que le recours aux compétences professionnelles et potentialités personnelles de chaque membre de l’équipe. Voilà pourquoi le GLEN déplore l’évolution dans
Eis Schoul, où les éducateurs gradués et éducatrices graduées sont depuis cette année déclarés responsables uniquement des enfants à besoins spéciaux et où la psychologue et la pédagogue curative ne feront plus partie l’année prochaine du personnel d’Eis Schoul, mais réintègrent les structures de l’Education différenciée. Dans le même contexte, la recherche-action ne fait plus partie intégrante de la tâche des membres de l’équipe multiprofessionnelle, contrairement à ce qui est prévu par la loi sur Eis Schoul.

La démocratie : Selon la loi, l’assemblée du personnel est l’organe essentiel où sont prises les décisions d’ordre pédagogique et organisationnel. Or, le ministère a mis en place une nouvelle procédure qui donne en fait au président du comité d’école les pleins pouvoirs. Pour le GLEN, il est indispensable, en vue d’un travail orienté vers l’inclusion, de donner à tous les membres de la communauté scolaire la possibilité de faire l’expérience que leur voix, leurs projets et leurs actions comptent. Or, actuellement, le président du comité d’école, désigné par le ministère comme supérieur hiérarchique du personnel d’
Eis Schoul, peut, en invoquant l’urgence, court-circuiter à souhait l’assemblée du personnel. Alors qu’Eis Schoul devait être un modèle d’autonomie et de démocratie coopérative, elle a été placée sous la tutelle du ministère, par l’intermédiaire d’un président du comité d’école, élevé aux fonctions de directeur d’école.

Le GLEN prend donc acte d’une évolution d’
Eis Schoul complètement différente des principes et valeurs du projet initial, principes et valeurs auxquels le GLEN reste néanmoins attaché et qu’il continuera à faire vivre à travers des expériences, formations, rencontres et échanges pédagogiques avec toutes les personnes intéressées.

Groupe Luxembourgeois d’Education Nouvelle
3 mai 2011