S'ouvrir sur le monde

EIS SCHOUL

Une école primaire de recherche,

fondée sur la pédagogie inclusive

L’École  est un projet de recherche que le Ministère de l’Éducation nationale, réalise ensemble avec l’Université du Luxembourg. Dans cette école, qui est une école publique, des nouvelles formes d’apprentissage, d’enseignement et d’évaluation sont développées dans un contexte qui relie théorie et pratique, recherche et travail sur le terrain. 

Comme toutes les écoles primaires, l'École prépare ses élèves à poursuivre leurs études dans l'enseignement postprimaire luxembourgeois.

Elle constitue une offre scolaire pour les enfants de 3 à 12 ans qui s'adresse aux élèves et aux parents intéressés par son projet pédagogique.

L'École s’engage à communiquer les résultats de ses démarches au grand public et à cultiver le dialogue avec les différents acteurs du domaine socio-éducatif.

 

1. La diversité linguistique et culturelle des enfants est valorisée pour faciliter les apprentissages

 

Les langues d’enseignement sont comme dans toutes les écoles primaires, l’allemand et le français. Cependant les langues et expériences culturelles des enfants servent de point de départ pour les apprentissages et la communication à l’école, spécifiquement pour l’apprentissage des langues et l’alphabétisation.

 

Au fur et à mesure que les apprentissages se développent,  des ponts sont établis entre les langues de l’école et les langues des enfants (langues familiales, capacités communicatives et expressives). Des espaces sont aménagés où les langues officiellement enseignées et parlées à l’école (luxembourgeois, allemand, français) se rencontrent. [1] L’apprentissage des langues et celui d’autres disciplines scolaires est décloisonné. Des recherches internationales et nationales montrent que les enfants s’investissent d’autant mieux dans l’apprentissage des langues de l’école qu'ils perçoivent l'utilité de savoir communiquer dans ces langues [2] .

 

L’alphabétisation se fait en principe en allemand. Les élèves primo-arrivants, qui ne maîtrisent pas les langues officielles de l’école, peuvent s’appuyer sur leur première langue pour apprendre les langues de l’école. Le cas échéant, ils peuvent, sur décision de l’équipe multiprofessionnelle, être alphabétisés en français ou dans leur première langue [3] . Ils sont aidés par l’équipe multiprofessionnelle, qui peut avoir recours à des intervenants externes (p.ex. intervenants de langue maternelle).

Dans une perspective d’éveil aux langues, une partie des activités porte également sur des langues que l’école n’a pas l’ambition d’enseigner. La création de situations de communication authentiques et fictives est un objectif didactique prioritaire. En effet, l'apprentissage d'une langue étrangère vit par l'action communicative (orale et écrite). La réflexion, à mener ensemble avec les enfants, sur le fonctionnement des langues et de la communication et sur les comparaisons entre les différentes langues chez les élèves est fondamentale. Ce travail de découverte, d’observation et de communication va de pair avec l’accent mis sur les productions écrites libres et la publication des travaux réalisés par les enfants.

 

2. La diversité des enfants devient source d'enrichissement pour une pédagogie inclusive

2.a. Parcours d’apprentissage multiples

La pédagogie inclusive

 

L’école se fonde sur les principes de la pédagogie inclusive. Celle-ci consiste en la pleine participation de l’ensemble des élèves à tous les aspects de la vie scolaire, indépendamment de leurs particularités sur les plans socioculturel, physique, sensoriel et socio-affectif. Plus particulièrement, « Eis Schoul » se donne pour mission :

 

·      de considérer la diversité des enfants comme une richesse qui permet de multiplier les connaissances et les expériences;

·      de reconnaître et de prendre en compte la diversité des besoins des élèves, quels que soient leurs handicaps et leurs difficultés,  et de s’adapter à des styles et à des rythmes d’apprentissage différents

La dimension relationnelle est d’une importance primordiale dans la  pédagogie inclusive. Elle doit favoriser une atmosphère dans laquelle tous les actrices et acteurs entretiennent de très bonnes relations. Elle considère que l’élève est expert dans ce sens qu’il peut dire comment il vit les situations d’apprentissage et qu’il peut contribuer à les faire évoluer. Dans une communauté d’apprenantes et d’apprenants les élèves deviennent à leur tour "pédagogues" et contribuent au développement de l’enseignement. [4]

Groupes multiâges

L’éducation et l’enseignement se font en groupes d’élèves de différentes classes d’âge. L’école permet ainsi aux  enfants – comme dans le contexte familial - d’apprendre à assumer de plus en plus de responsabilités vis-à-vis de leurs pairs et d’apprendre les uns des autres. [5] Un élève plus âgé ou plus compétent dans un domaine ou une branche peut aider un élève qui n’arrive pas à se débrouiller tout seul et consolider en même temps ses propres savoirs et savoir-faire.

 

Apprentissages différenciés

Il n’y a pas deux enfants qui se développent de la même façon. Les socles de compétence officiels sont atteints par les enfants à des âges différents.

De même, les aspects affectif, corporel et social des apprentissages se présentent différemment pour chaque enfant, et les capacités et besoins qui en résultent sont très hétérogènes.

L’école tient compte de ces diversités et les valorise en différenciant les apprentissages : chaque enfant est accompagné et sollicité selon ses capacités et besoins cognitifs, affectifs, physiques et sociaux, en cohérence avec ses propres manières d’apprendre. 

L’école cultive le désir et le plaisir d’apprendre, implique les enfants comme auteurs de leurs apprentissages et les encourage à aller toujours plus loin dans leurs recherches, réflexions et créations. L’enseignement-apprentissage est organisé selon le principe: „So viel Lernen aus Erfahrung wie möglich, so wenig Belehrung wie nötig“. [6]

 

Les membres de l’équipe multiprofessionnelle ont un rôle central à jouer. Ils sont les organisateurs des apprentissages, les garants du timing, du respect de chaque personne, de la conscientisation des processus d’apprentissage et des valeurs vécues. Afin de l’aider à progresser, ils prennent chaque élève « où il est », aident l’enfant à prendre conscience de ses compétences et capacités actuelles et font alliance avec lui pour l’aider à se dépasser. Au fil de sa scolarité, l’élève assume de plus en plus ses responsabilités, se donne des défis et fait des efforts pour surmonter ses propres obstacles.

La différenciation se fait par objectifs  et par intérêts (« lernzieldifferent » ):

Chaque journée scolaire comporte des temps de travail individuel, où l’enfant est amené à résoudre des problèmes situés dans sa zone de développement prochain [7] . L’enfant est également amené à réaliser des projets personnels (p.ex. : recherche, documentation, production et « publication » autour d’un thème qui l’intéresse), modestes au départ, et prenant de l’envergure au fur et à mesure que l’enfant avance dans ses apprentissages. L’enfant sollicite l’aide d’un de ses pairs ou d’un adulte au moment où il en a besoin et peut ainsi cheminer sur sa trajectoire personnalisée.

Chaque journée comporte également des phases de travail en commun, consistant par exemple en discussions autour de thèmes qui intéressent les enfants, en négociations concernant les règles de vie et les modes de réalisation d’un projet, ainsi qu’en réalisations communes ou en groupes, de textes, d’affiches ou d’autres oeuvres.

L’école se dote d’espaces propices au travail individuel nécessitant le calme, d’espaces de regroupement, d’espaces permettant l’apprentissage par l’expérience directe (atelier, cuisine, jardinage…) Elle se dote des moyens assurant un apprentissage différencié (matériel pédagogique) et le contact avec le monde et les nouvelles formes de littératie (équipement informatique, média-littéraire, scientifique).

 

Evaluation

 

L’école innove également en matière de méthodes d’évaluation. Les bulletins et les devoirs en classe traditionnels sont remplacés par des méthodes d’évaluation qui tiennent compte des processus d’apprentissage individuels de l’enfant ainsi que de la dimension sociale et interactive de l’apprentissage. L’évaluation doit aider l’enfant à prendre conscience de ses forces et faiblesses et à reconnaître de manière positive les défis qui se posent.

 

Le portfolio constitue l’outil d’évaluation principal. Il comprend :

 

  • un dossier qui documente les productions de l’élève et rend compte de son parcours d’apprentissage. L’équipe multiprofessionnelle y réunit avec l’élève les documents représentatifs des travaux qu’il réalise ;
  • un journal de bord où l’élève commente son parcours scolaire et son projet personnel de formation. Il sert d’outil d’auto-évaluation à l’élève ;
  • le bilan des progrès d’apprentissage établi, au moins deux fois par an, par l’équipe multiprofessionnelle.

 

Les parents sont informés régulièrement des progrès scolaires réalisés par leur enfant. Des entretiens d’évaluation portant sur le bilan de travail de l’enfant permettent de faire le point avec les parents et leurs enfants sur la qualité des travaux réalisés pendant une période donnée. L’implication des parents permet ainsi de dégager des pistes ou des solutions efficaces quant à la situation de leur enfant.

 

Les élèves de la 6e année d’études réalisent en outre un travail de fin d’études primaires préparé en cours d’année. Ce travail constitue un exposé interactif où l’élève présente à ses pairs, ses parents et l’équipe multiprofessionnelle un thème choisi sur lequel il a effectué une recherche approfondie, englobant des disciplines figurant au plan d’études de l’enseignement primaire. L’exposé combine des savoirs et savoir-faire en langues, mathématiques, histoire, géographie et sciences. Pour réaliser et présenter son travail de fin d’études, l’élève doit avoir développé un grand nombre de savoir-faire : résumer des textes, trouver et comparer des informations, demander des renseignements à une personne-ressource, composer des textes et affiches autour d’un thème donné, communiquer oralement à un public des contenus d’une certaine complexité, se servir des nouveaux médias, etc. Au travers de la réalisation de son travail de fin d’études primaires, l’élève fait preuve des compétences nécessaires pour aborder ses études postprimaires.

 

« Eis Schoul » participe d’un autre côté aux évaluations nationales (monitoring en cours de développement à l’université : tests nationaux et suivis longitudinaux sont prévus).

 

Passage primaire-postprimaire

 

« Eis Schoul » prépare à l’enseignement secondaire et secondaire technique. Les élèves poursuivent tout leur parcours scolaire au sein de leur groupe d’âge et sont orientés, à l’âge de 12 ans vers l’ordre d’enseignement qui correspond le mieux à leurs aspirations et leurs capacités. Pour chaque élève, l’équipe multiprofessionnelle établit, après concertation des parents, une proposition d’orientation pour la poursuite du cursus scolaire dans l’enseignement post-primaire. Cette proposition prend en considération le portfolio avec le travail de fin d’études primaires.

 

2. b. Vivre et apprendre ensemble

Equipe multiprofessionnelle

 

Une équipe multiprofessionnelle composée entre autres d’institutrices et d’instituteurs, d’éducatrices graduées et d’éducateurs gradués, d’éducatrices et d’éducateurs, d’un psychologue et d’un pédagogue curatif, assurera l’encadrement psychopédagogique de tous les élèves de l’école. La collaboration de ces intervenants garantira la continuité de l’approche pédagogique pour l’ensemble des enfants. Le caractère multiprofessionnel de l’équipe, qui réunit en son sein des compétences multiples et complémentaires, rend superflu le recours à des structures d’aide spéciales extérieures à l’école (ex : SREA, Service de guidance, …).

Le nombre d’intervenants par groupe d’enfants s’oriente suivant la moyenne nationale. [8]

Projet commun

L’école rallie tous les membres de l’équipe multiprofessionnelle à ce projet commun.

Les conditions de réussite et les formes de coopération nécessaire sont négociées entre tous les intervenantes et intervenants, le personnel administratif et technique, les enfants et les parents.

 

La collaboration de tous les actrices et acteurs de l’enseignement assure la continuité dans l’approche pédagogique pour les enfants de 3 jusqu’à 12 ans.

 

Coopération avec les familles

Les parents, tutrices et tuteurs, le cas échéant les grands-parents ou toute autre personne ayant des responsabilités envers l’enfant ne sont pas seulement informés régulièrement, mais font partie de la communauté d’apprenantes et d’apprenants de l’école.  Ils sont donc les bienvenus à l’école pour voir comment les enfants apprennent, pour aider dans certaines activités, pour présenter ou expliquer des choses qu’ils connaissent ou savent faire. [9]

Des représentants des parents, tutrices et tuteurs font partie du conseil d’école, et participent donc à la prise de décisions.

 
École de la démocratie

Les élèves aussi contribuent à la construction de leur école et au vivre ensemble démocratique. Ils s’expriment à travers le parlement d’élèves et au sein du conseil d’école et font ainsi l’expérience que leur voix, leurs projets et leurs actions comptent.

L'École encourage la discussion, la négociation et l’action concrète concernant  la vie à  l’école ou des thèmes d’actualité.

Elle développe ainsi une réflexion et une prise de conscience de valeurs et d’attitudes démocratiques et des manières d’agir proches de ces valeurs.

 

École ouverte sur le monde qui l’entoure

L’école intègre son environnement, la commune et son contexte social et géographique, comme autant d’opportunités d’apprentissage dans son travail quotidien.

Les apprentissages scolaires sont ancrés dans des expériences vécues, en relation avec le monde extérieur: visites pédagogiques,  correspondance avec des groupes d’enfants germanophones, romanophones, anglophones ou autres, pouvant mener à des séjours linguistiques et culturels. Un accent particulier sera mis sur le travail avec des personnes-ressources : artistes, écrivaines et écrivains, représentantes et représentants de différentes professions ou associations, représentantes et représentants des cultes et associations laïques et autres.

Les productions des enfants (p.ex. : textes, illustrations, pièces de théâtre, affiches) donnent lieu à des expositions ou des représentations ouvertes à un plus grand public.

 

3. Enseignement, recherche et formation sont mises en synergie

Coopération avec l’Université du Luxembourg

 

« Eis Schoul » est une école primaire de recherche de l’État. Elle développera de nouvelles formes d’apprentissage, d’enseignement et d’évaluation dans le cadre d’une étroite collaboration de l’école avec l’Université du Luxembourg. Elle porte sur les conditions de mise en place et de développement de pratiques inclusives. Elle s’attachera à cerner dans quelle mesure ces pratiques mènent à de meilleurs résultats dans les apprentissages. Une attention particulière sera accordée aux conditions de transférabilité des pratiques développées.

 

Un volet particulier de la recherche portera sur l’utilisation et l’apprentissage des langues à l’école, afin de développer de nouvelles pratiques. Ceci est particulièrement important puisque notre situation linguistique est très différente de celle des autres pays.

 

La recherche fait partie intégrante de la tâche des membres de l’équipe multiprofessionnelle.

 

Un conseil scientifique, composé de représentants de l’Université du Luxembourg, de l’école, de parents d’élèves, et du Ministère de l’Education nationale, assure la coordination des projets et rapports de recherche et de développement de l’École. Ces projets et rapports seront évalués par des experts de renommée de différentes universités.

 

Un réseau d’échange est développé avec tous les acteurs intéressés de l’éducation et de l’enseignement. Ce réseau constitue une plate-forme d’échange permettant à chaque acteur du système scolaire luxembourgeois de s’enrichir des idées et des expériences de l’autre. Ainsi les concepts et méthodes développés à l’école et validés scientifiquement à travers la recherche peuvent être démultipliés.

 

Évaluation par des universités étrangère

 

Les projets et rapports de recherche et de développement de l’École sont soumis à une expertise externe par des universités étrangères et par la Faculté des Lettres, des Sciences Humaines, des Arts et des Sciences de l’Education de l’Université du Luxembourg.

 

 



[1] Maurer, Marie-Paule ; Roth-Dury Evelyne (2006). Ouverture à la diversité linguistique à l’école luxembougeoise. Conférence du 21.10.06 « How can schools take advantage of children’s linguistical and cultural diversity ? »

[2] Etude sur "Le plurilinguisme auprès des enfants jusqu'à 9 ans: Diversité linguistique, apprentissage du luxembourgeois et entrée dans la littératie" ; Dominique Portante et al. ; 2003-2006 

[3] Écoles bilingues: ABCM Zweisprachigkeit, SCHWEIGHOUSE SUR MODER et ABCM Zweisprachigkeit, SARREGUEMINES (France)

[4] University of Cambridge. Faculty of Education. The ESCR Network Project Consulting Pupils about Teaching and Learning. Retrieved October 27th , 2006, from http://www.consultingpupils.co.uk/;

Laging, R. (Hg.). 2003. Altersgemischtes Lernen in der Schule. Schneider Verlag. Hohengehren.

[5] Ron Buston.(1977) Family grouping: A structural innovation in elementary schools, Interchange.Humanities, Social Sciences and Law, 8, 1-2,143-150

 

[6] Autorenteam Laborschule. (2005). So funktionniert die Offene Schuleingangsstufe. Das Beispiel der Laborschule Bielefeld. Verlag an der Ruhr.

[7] Visant un niveau de développement possible à atteindre avec l’aide d’autrui, situé au-delà du niveau actuel de l’enfant ; Vygotsky (1997). Pensée et langage. La Dispute.[1934]

[8] Moyenne nationale : 13,7 élèves/enseignant (mesures d’encadrement incluses) ; MEN 2006

[9] Intergenerational learning between children and grandparents : An ESRC-funded research project carried out at Goldsmiths College University of London; Ch Kenner, E. Gregory, T. Arju; cf. conférence à l’UnivLux intitulée « Multilingual Europe : How can schools take advantage of children’s linguistical and cultural diversity ? », 21.10.2006